Interviewé par Arnaud Daviré du Sportethandicaps.com, le 14 avril 2010 :
Vainqueur de l’épreuve de cyclisme sur route, des Deaflympics de Melbourne, en 2005, David Cloux, est aujourd’hui en première ligne, suite à la suspension des Français, prononcée par l’ICSD. Il a notamment créé un groupe de soutien sur Facebook. Il s’explique sur sa position…
Arnaud Daviré : Où en est-on de la situation des sportifs sourds ?
David Cloux : Nous sommes toujours suspendus de toute participation à des compétitions internationales. Le conflit persiste entre l’ICSD et la FFH depuis des mois. Aujourd’hui, nous sommes privés de toute participation aux championnats d’Europe, du Monde et même aux prochains Deaflympics si ce problème persiste.
AD : Les championnats de France ont quand même lieu ?
DC : Oui, les championnats nationaux sont maintenus puisqu’ils sont organisés sous l’égide de la FFH. Mais rien ne se passera après. A titre personnel, n’étant pas d’accord avec la structure paralympique actuelle, pour nous les sportifs sourds, je renonce à participer aux compétitions organisées par la FFH, en attendant qu’une structure deaflymique soit concrètement mise en place.
AD : Pourquoi avoir créé un groupe de soutien sur Facebook, qu’est ce que ça vous apporte?
DC : Depuis la lettre ouverte du président de la FFH, j’ai trouvé que c’était trop ferme de sa part d’annoncer aux dirigeants et sportifs sourds qu’ils ne doivent pas être inquiets. Nous avons fait part de notre étonnement face à la politique de la FFH, conduite par Monsieur Masson, depuis 2007/2008, qui prévoit que les constitutions de l’ICSD puissent être modifiées. Pour cela, j’ai crée un espace de dialogue et d’information pour voir la réaction des autres. Nous voulons qu’il y ait un véritable échange entre les différents protagonistes de cette situation.
AD : Ce groupe a permis d’ouvrir le dialogue?
DC : Il permet avant tout d’avoir un échange d’opinion et de points de vue sur la situation actuelle, de savoir ce qui se passe réellement. Il permet également de prendre position sur les décisions de la FFH par rapport à l’ICSD sur le plan international. J’ai vu de nombreux commentaires et de réactions dans ce groupe.
AD : Que s’est-il passé depuis la création de ce groupe?
DC : Nous souhaitons que nos spécificités soient comprises de tous. La majeure partie des sportifs sourds, comprennent que notre intégration au sein de la FFH, soit compliquée. Nous ne demandons pas à être détaché de la FFH, mais il nous faut une vraie place en son sein. Les propositions de l’ICSD nous semblent convenables. C’est la seule chose revendication que nous portons.
AD : Que souhaitez-vous?
DC : Ce groupe est fait pour montrer notre mouvement et notre réaction. Les sportifs sourds ne doivent pas rester à la marge, même si les hauts responsables ont du respect et de la reconnaissance envers les Sourds. Nous possédons notre propre identité culturelle et notre linguistique spécifique qu’il faut respecter. Nous avons encore vu des personnes entendantes qui ignorent la valeur Sourde dans le sport.
AD : Comprenez-vous que la FFH ne veuille pas d’une commission dédiée aux sportifs sourds?
DC : Oui, il est clair que le président Masson, ne souhaite pas d’une commission dédiée aux sportifs sourds, présidée par un sourd, sous la tutelle des membres de la FFH, alors que nous sommes au sein de la FFH depuis 2 ans. Au mois d’octobre 2009, la FFH a créé l’observatoire du handicap, et le comité des sportifs sourds de France, qui avait provisoirement été mis en place pour la participation aux Deaflympics, à Taipei, n’existe plus. Prendre de telles décisions sur des suppositions du type « c’est le ministère qui nous a demandé d’intégrer les sportifs sourds », c’est aberrant. Le Président fait la sourde oreille et est désinvolte en refusant d’ouvrir les négociations, et de respecter les constitutions de l’ICSD.
AD : La création de cet observatoire n’est pas une bonne chose pour vous ?
DC : Avec cet observatoire, les sourds seront coupés de la sphère, sociale, culturelle et sportive. Il ne faut pas oublier que les sourds représentent le seul groupe de personnes handicapés ayant sa propre langue et sa propre culture. Contrairement aux autres groupes de handicap, au sein de la FFH, les sourds sont dépendants des entendants. La suppression du comité des sportifs sourds de France, fait disparaître nos spécificités puisque nous sommes aujourd’hui chez l’IPC au lieu d’être chez l’ICSD.
AD : Pourtant vous disposez d‘un interprète pour chacune des réunions…
DC : Il y a des choses qui se mettent en place sur le plan administratif, nous avons de moins en moins de problèmes de communication. Mais la politique mise en place pour les sourds n’est pas concrète. Pour nous, en tant que sportif sourd, quand nous avons à faire à un directeur technique sportif, nous pouvons nous identifier à lui. Au contraire, avec des directeurs techniques entendants, qui ne connaissent pas la langue des signes et l’identité sourde, les échanges au quotidien sont superficiels. On ne peut pas avoir un interprète partout.
AD : N’avez-vous pas l’impression de mélanger culture et pratique sportive ?
DC : C’est une question intéressante… En général, le fait d’être sourd implique de pratiquer une autre langue. De fait la pratique de cette langue, implique une culture. C’est indissociable. Ça fait partie, de l’identité sourde. Les Deaflympics sont là pour préserver l’identité des sportifs sourds. Les Paralympiques sont destinés aux athlètes handicapés physiques ou visuels. L’ICSD et l’IPC ont d’ailleurs signé une lettre de reconnaissance de chacun, en novembre 2004, parce que ces deux structures ont leur propre environnement. Bien sûr, l’esprit du sport et de compétition restent toujours le même pour tous.
AD : L’intégration des sourds au sein de la FFH est une erreur pour vous ?
DC : Pas vraiment, c’est pour nous une bonne chose si nous sommes sous sa tutelle, comme dans d’autres pays où les choses se passent bien. Nous disposons d’un cadre, de financements. Le maintien d’un comité des sportifs sourds de France, est la seule chose que nous attendons à ce jour au sein de la FFH.
AD : Il faut bien des compromis ? Vous donnez l’impression de vouloir le beurre et l’argent du beurre….
DC : Si on compare avec ce qui se passe dans d’autres pays, généralement les sportifs sourds sont intégrés au sein des structures paralympiques dans le respect des règles de l’ICSD. Pourquoi la France refuse t-elle ? La discrimination est trop facile à invoquer. S’il faut un « président sourd » pour pouvoir s’affilier à l’ICSD, c’est pour protéger le sport sourd car cette structure est le garant du respect de l’identité culturelle et linguistique spécifique, que l’ONU a déjà reconnu. Souvenons nous d’ailleurs que l’ICSD existe depuis 1924 alors que l’IPC a été crée beaucoup plus tard.
AD : Comment voyez-vous la suite ?
DC : Aujourd’hui, nous sommes à la FFH qui est affilée à l’IPC… Si la FFH gagne son combat, elle sera la seule responsable de la fin de l’ère de « Rubens Alcais» et de la philosophie du sport sourd… Pourtant, beaucoup de sourds sont d’accord avec l’ICSD alors que les hauts responsables de la FFH pensent différemment. La FFH ne nous écoute pas. Elle va porter plainte contre l’ICSD. Nos appels se feront plus pressants dans les prochains mois.